
Article écrit par Karine Bui-Xuan Picchedda, maire adjointe en charge de la santé, de l’hygiène, du bien vivre et du bien vieillir.
Ayant travaillé essentiellement sur les programmes “social” et “santé “ de Réveillons Annecy pour la campagne des municipales de 2020, j’ai été désignée maire adjointe en charge de la santé, mais aussi du bien vivre et du bien vieillir. C’est en cours de mandat que j’ai récupéré aussi l’hygiène qui était associée en début de mandat à la tranquillité publique et à la sécurité.
Avoir un élu à la santé était une promesse de campagne et, en pleine pandémie de COVID19, nous avions bien pensé. Cette compétence facultative a accaparé et organisé le début du mandat et a donné un élan sans précédent aux questions de santé au sein des municipalités dans l’ensemble des villes françaises.
J’ai découvert d’emblée un monde nouveau, celui des services municipaux et de l’extraordinaire professionnalisme et dévouement des agents de la ville d’Annecy pour gérer cette crise sanitaire. Je n’aurais jamais imaginé que l’Etat pouvait imposer aux municipalités autant de choses. En à peine 3 jours, nous avions l’obligation de déployer un centre de vaccination sur le Pâquier, avec des gens qui étaient capables d’attendre des heures pour avoir leur dose.
J’ai aussi découvert comment la Région décidait, parallèlement à la ville, de mettre en place des tests et comment les différentes institutions devaient se coordonner.
Cette période m’a mise dans le bain très rapidement, avec des participations aux cellules de crises régulières, un suivi de la pandémie, des vaccinations, de la situation de l’hôpital, etc.
Parallèlement, il y avait des personnes âgées isolées, les restaurants seniors étaient fermés, des agents n’avaient donc pas d’activité et ont été capables de s’adapter à des postes très différents, notamment dans les centres de vaccination.
J’ai beaucoup appris mais je me suis aussi rapidement rendue compte de l’impact de l’absence de service municipal de santé, puisque le petit service de la commune historique d’Annecy avait disparu pendant la fusion des communes. Il a fallu attendre 1 an pour transformer la direction des seniors en direction “santé et séniors”, puis “santé, hygiène, seniors”. Parce que travailler les sujets de santé avec le directeur de la direction jeunesse et la directrice de la direction de l’action sociale, les sujets de COVID avec le service logistique, celui du sport santé avec la direction des sports et le sujet du bien vieillir avec la directrice de la direction seniors monopolisait trop de directeurs différents, avec des budgets dispersés.
J’ai donc découvert un nouveau monde, celui de l’organisation administrative d’une grande ville, avec ses différentes strates et la nécessité d’une administration adaptée au projet politique pour pouvoir le mener. Il a donc été ensuite plus facile de travailler.
Mais pour mener des actions municipales, il a fallu aussi trouver de l’argent. Créer un service est une chose, mais il lui faut des moyens et j’ai choisi de demander aux services de répondre à des appels à projets pour avoir davantage de moyens.
Voici un résumé des actions menées dans le cadre de mes délégations pendant ce mandat. Je vais énumérer essentiellement les actions nouvelles qui ont été menées ou les changements de cap, mais en réalité être élu, c’est aussi signer et collaborer avec les services sur de nombreuses affaires courantes.
Santé et Bien vivre :
- Réponse à l’appel à projet MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) : subvention de 150 000 € pour 3 ans, avec 1 report d’un an supplémentaire afin de mener des actions de prévention autour des conduites addictives, avec une coordination par un chargé de projet. Des nouvelles actions ont été menées, par exemple sur les plages en été, en interaction avec des actions sur les sujets de santé sexuelle et de lutte contre le Sida.
- Conseil local de santé mentale (CLSM) : négociation avec l’Agence Régionale de Santé de son périmètre à l’échelle de la ville, fondation avec l’ARS et le centre hospitalier d’Annecy Genevois. En 2 ans , plus de 450 structures et citoyens ont adhéré au CLSM. Son dynamisme a été freiné par des problèmes de recrutements liés à la précarité du poste de coordination mais au delà de l’interconnaissance des structures liées de près ou de plus loin à la santé mentale, le partage d’informations, des groupes de travail ont débuté, des actions communes lors des SISM (semaines d’information sur la santé mentale), des formations en premiers secours en santé mentale se sont déroulées pour des acteurs associatifs, et des situations complexes d’habitants ont pu être traitées conjointement par différents professionnels experts afin de formuler des préconisations visant à les aider. La réponse à un appel à projet de l’ARS a permis de financer le poste d’une psychologue au sein du Centre communal d’action sociale et ce poste a finalement été pérennisé par la ville.
- Mon implication autour du CLSM, m’a attiré la confiance de la commission santé de l’association des maires de France que j’ai représentée à plusieurs reprises sur cette thématique, dans des colloques et instances nationales et internationales. J’ai constamment défendu la nécessité de CLSM dans toutes les villes de France ainsi que la nécessité de moyens alloués par l’Etat pour leur fonctionnement.
- La santé environnement était une thématique complètement nouvelle au sein de la Ville. Il a aussi fallu répondre à des appels à projets pour la traiter, en particulier la lutte contre les perturbateurs endocriniens, avec une signature de la charte des territoires sans perturbateurs endocriniens, des sensibilisation au sein de la collectivité, en particulier avec les acheteurs publics et les acteurs de la petite enfance, mais aussi des parents de jeunes enfants et d’adolescents, et des professionnels de santé.
- Participation au comité de pilotage de la maison des adolescents et renouvellement de sa convention avec la ville. La santé mentale des jeunes n’est globalement pas bonne d’après tous les indicateurs statistiques et il était indispensable de pérenniser ce lieu d’écoute et d’orientation ouvert à tous les jeunes, au delà de ceux vivant à Annecy.
- Sport santé : le sport santé était dans ma feuille de route et j’ai participé à l’élaboration du projet Vital Eté qui a connu un grand succès et permis à de nombreux annéciens de découvrir des activités sportives, ce qui est un bénéfice pour leur santé globale.
- Mise en place d’une mutuelle communale, la mutuelle JUST, avec des tarifs négociés pour les habitants de la ville, les agents de la collectivité, et les personnes qui travaillent sur le territoire. L’objectif était d’éviter le non recours aux soins pour raisons financières et aussi de permettre un gain de pouvoir d’achat à une partie des habitants. Plus de 30% des adhérents n’avaient pas de mutuelle précédemment ce qui montre que l’objectif est atteint et des économies importantes d’après les témoignages des habitants qui en avaient déjà une.Aujourd’hui ce sont un peu plus de 1500 habitants qui sont couvertes par cette mutuelle.
- L’adhésion aux villes santé de l’OMS a aussi été réalisée. Pour adhérer, il ne suffit pas de cotiser mais il était nécessaire de constituer un document montrant comment la santé est au cœur des politiques publiques et cela a été l’occasion de mobiliser une grande partie des services de la collectivité et de les amener à donner un sens différent à leur travail et les sensibiliser à une conception de la santé qui dépasse celle des soins.L’intérêt de cette adhésion peut paraître abstrait pour les habitants mais c’est pourtant une une grande ressource pour la ville, il lui permet de s’inspirer d’autres villes sur les différents sujets de santé qui peuvent se présenter, de travailler ensemble afin d’agir sur les déterminants de la santé et les inégalités. Il permet d’avoir en tête que l’environnement et les conditions socio-économiques sont les facteurs qui impactent le plus la santé et de continuer à placer la santé au coeur des politiques au delà du mandat, de pousser les prochains élus et aussi les techniciens à toujours se demander quel est l’impact sur la santé des décisions qu’ils prendront. Rompre cette adhésion serait afficher une rupture dans le choix de privilégier la santé des habitants pour d’autres considérations.
- J’ai aussi demandé une étude sur le coût et le fonctionnement d’un centre municipal de santé. Je n’ai pas été suivie sur ce projet qui pourtant garantirait des soins à une partie des annéciens qui n’ont plus de médecin traitant et permettrait d’attirer un nouveau profil chez les jeunes médecins qui souhaitent travailler de manière salariée et en équipe et qui sont intéressés aussi par les interactions soin / prévention.
- J’ai aussi été un interlocuteur pour des médecins qui cherchaient des locaux et d’autres qui partaient en retraite. Beaucoup de villes sont équipées de professionnels dédiés à ces questions, ce n’est pas le cas à Annecy et j’ai fait ce travail tant bien que mal.
Hygiène :
- la lutte contre les moustiques tigres a été impulsée pendant ce mandat, de part leur propagation sur l’ensemble du territoire national et surtout dans les villes. Il s’agit d’un travail au peigne fin pour rechercher les gîtes larvaires sur les bâtiments communaux et publics et aussi chez les particuliers. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont eu lieu et la création d’un début de réseau d’ambassadeurs de quartiers. Ce sujet s’est intégré dans la lutte contre les nuisibles qui fait partie des affaires courantes du service hygiène.
- La pollution des cours d’eau a été un sujet important avec quelques améliorations mais encore un gros travail à continuer avec notamment l’agglomération pour identifier les pollueurs et faire cesser ces pollutions. Le sujet des PFAS, puis de la pollution aux particules de pneus montrent l’interaction entre les sujets d’hygiène et de santé
- la question du bruit et de son impact sur la santé a occupé également une partie du mandat, avec une campagne de mesures de bruits dans la vieille ville en lien avec le travail mené sur la vie nocturne
- J’ai reçu aussi des restaurateurs pour faire avancer des dossiers d’hygiène alimentaire, de bruits, de relations avec le voisinage.
- J’ai participé de par ma délégation aux comités de pilotage sur le sujet du patrimoine bâti de la vieille ville qui je l’espère aboutiront dans le mandat prochain à une préservation de ces bâtiments anciens, mais aussi à la santé des habitants.
- les affaires courantes consistent à suivre et signer de nombreux rapports suite aux visites d’hygiène, dans des logements locatifs (moisissures, ventilation, lutte contre l’habitat indigne, bruits), des mises en demeure suite à des personnes présentant des syndrômes de Diogène, etc…
Cette thématique a été bien plus passionnante que ce à quoi je m’attendais.
Bien-Vieillir :
- suite au Covid, il a fallu rouvrir les restaurants seniors et défendre leur intérêt malgré leur coût pour la collectivité. Celui de Cran a dû être fermé à regret mais un suivi des habitués a été effectué et des navettes leur ont été proposées.
- un travail a été mené sur les colis historiquement distribués à Noël aux personnes âgées et il est apparu que cette distribution était inéquitable et clientéliste. Pour qu’elle ait du sens (profiter aux personnes seules et précaires), de très gros moyens auraient dû être déployés, d’où le choix assumé d’arrêter cette pratique. J’ai demandé à avancer plutôt sur comment sortir les personnes de la solitude, les amener à recourir à leurs droits, participer aux activités et animations, proposer d’avantages de places dans ces activités. Ce travail est en cours.
- Les repas festifs de fin d’année et leur organisation ont aussi été des moments importants dans le cadre de cette délégation ainsi que les divers évènements destinés aux personnes âgées (concerts, journées du bien vivre et du bien vieillir, etc.)
- Le processus de labellisation Ville Amie des Aînés a permis de faire le point sur la politique senior et d’objectiver son efficacité et son adéquation avec l’époque dans laquelle nous vivons. Le label argent montre que du chemin reste à faire pour préparer la ville au vieillissement de sa population. Ce sujet a une portée sociale, voire sociétale et humaine très importante qui me semble minimisée par l’ensemble des candidats aux élections municipales.
- Le travail avec l’agglomération et ma participation au conseil d’administration du CIAS ont été constructifs malgré mes désaccords sur certains sujets. Sur la fin du mandat, des superpositions d’agenda ne m’ont pas toujours permis d’être toujours présente aux conseils de vie sociale des 2 Ehpad qui m’avaient été attribués, mais j’ai globalement pu être présente et faire remonter les réclamations en essayant toujours de trouver des solutions. J’ai aussi fait partie du conseil d’administration de l’EHPAD du Parmelan.
En plus de ces 3 délégations, j’ai aussi siégé au conseil d’administration du CCAS et je suis fière d’avoir contribué, à ma mesure, à son étoffement important pendant ce mandat.
Le sujet des conseils d’école est rarement abordé également dans un bilan de mandat, c’est pourtant l’un des plus difficiles ! J’ai aussi participé à la vie de la collectivité en siégeant au CST(comité social territorial), des réunions régulières pour voter les modifications d’organisation au sein de la collectivité avec des représentants des élus, de l’administration et des représentants des organisations syndicales.
La vie d’élue locale a été passionnante, difficile de la résumer même en quelques pages.
Je garderai également un très bon souvenir des nombreuses cérémonies de mariages et de parrainages civils, mais aussi la simple participation à une cérémonie qui prend tout son sens actuellement comme celle de l’attribution de la citoyenneté d’honneur de Narges Mohammadi, qui a été particulièrement émouvante.
Je termine ce mandat avec la satisfaction du travail accompli mais aussi un immense sentiment de gâchis car les programmes en vue du prochain mandat ont vraiment délaissé les 3 thématiques santé, hygiène (à la différence de la propreté) et les enjeux liés à l’évolution démographique.
C’est désormais à tous ceux et celles qui ont bénéficié de ces nombreux services de se mobiliser pour en assurer la pérennité et le développement.