
Article écrit par Marie BERTRAND, maire adjointe en charge du renouveau démocratique et de la participation citoyenne
Ce bilan de fin de mandat paraît essentiel pour partager et transmettre ce que l’on a pu vivre et encourager d’autres, le plus large nombre on l’espère, à s’engager et à vivre cette expérience unique d’être élu.e de l’exécutif d’une grande ville française.
Pour autant, faire et écrire ce bilan reste douloureux. L’envie bien sûr de se rappeler des victoires, souvent petites et éphémères, montrer que l’on a lutté sans relâche, qu’on a travaillé, qu’on a tout fait pour honorer la confiance que les habitants avaient placée en nous.
Et admettre que ça n’a pas suffit. Pas suffit à changer l’ordre social et politique de notre ville, à lutter contre l’exclusion et la stigmatisation. Pour ma part sur le sujet de la démocratie participative, nos actions n’ont clairement pas suffit à ce que les plus démunis et ceux qui se sentent le moins légitimes à prendre pleinement part à la chose publique, à prendre la parole tout simplement, individuellement et collectivement.
Sur les conseils de quartier :
- SATISFACTION : avoir fait définir un nombre et un périmètre géographique de chaque conseil de quartier par les habitant.e.s eux.elles-mêmes ;
- REGRET : ne pas avoir anticipé qu’un nombre très important (la seule autre grande ville de France à avoir beaucoup de conseils de quartier est Tours avec seulement 8) impliquerait un travail proportionnel pour les agent.e.s de la Ville et de limiter le nombre d’autres instances citoyennes (telles que conseil des jeunes, conseil du temps long, conseil de la nuit) comme promis dans le programme ;
- SATISFACTION : avoir intégré du tirage au sort d’habitant.e.s sur les listes électorales pour éviter l’écueil du “toujours les mêmes” et promouvoir la parole de chacun sans intermédiaire (on parle pour soi et on n’a pas besoin d’être représenté.e) ;
- REGRET : ne pas être parvenu à constituer des pools de facilitateur.rice.s/animateur.rice.s de ces conseils de quartier pour qu’aucun habitant n’adopte de posture dominante et que des principes tels que le temps de parole, l’efficacité de la parole, le souci de l’intérêt général, la parité du temps de parole soient garantis ;
- SATISFACTION : une charte de fonctionnement définie par les citoyen.ne.s avec toutefois des disparités et des variations dans le fonctionnement de chaque conseils de quartier ;
- REGRET : ne pas avoir fait de ces conseils de quartier des espaces plus ouverts, plus mouvants, plus libres, plus dynamiques ;
- REGRET : ne pas être parvenu à préserver une représentativité des genres et des âges dans les conseils de quartier avec un découragement de certain.e.s notamment ceux tirés au sort ;
- SATISFACTION : avoir fait de ces instances citoyennes (certes perfectibles) des acteur.rices incontournables pour les élus et les services de la Ville pour construire des projets et rendre compte ;
- SATISFACTION : avoir ranimé, indirectement, un esprit de quartier qui dépasse les communes déléguées ;
- REGRET : ne pas avoir assez tôt intégré les associations (notamment les centres socio-culturels) comme véritables partenaires alors qu’elles avaient tant à nous apprendre notamment sur la gouvernance, l’engagement, l’éducation populaire en pensant qu’il fallait que les habitant.e.s s’engagent individuellement et sans aucun intermédiaire ;
- REGRET : ne pas avoir réussi à gérer de manière éthique et cohérente les conflits entre individus dans les conseils de quartier ;
- REGRET : ne pas avoir associé plus profondément l’ensemble des élu.e.s avec des véritables espaces de discussion pour qu’ils ne se sentent pas exclu.e.s de ces espaces, en somme et très ironiquement, m’être trop méfiée des élu.e.s.
Sur l’expérimentation d’une gouvernance citoyenne :
- SATISFACTION : dès février 2021, avoir lancé une expérimentation avec l’association Démocratie Ouverte pour associer les agent.e.s de la Ville afin de définir les besoins mais aussi les craintes et les aspirations pour intégrer les habitant.e.s dans le fonctionnement de la Ville de manière réaliste et progressive ;
- SATISFACTION : avoir réalisé de nombreux ateliers avec des agent.e.s et habitant.e.s dans des salles de réunions mais aussi dans l’espace public pour construire cette charte avec des codes, tout cela collectivement et avec une diversité d’outils pour embarquer le plus grand nombre (mêmes des enfants dans des ateliers périscolaires avec des dessins !) ;
- REGRET : que la fameuse charte de gouvernance, produit de tous ces ateliers n’ait pas pu sortir et être proposée par manque de temps et de moyens ;
- REGRET : n’avoir pas réussi à défendre auprès de l’équipe l’importance de la gouvernance qui est apparue comme hors-sol et théorique alors qu’elle est fondatrice et structurelle sur le long terme.
Sur le budget participatif :
- SATISFACTION : avoir lancé dès la première année le budget participatif de 1 million d’euros avec une équipe d’agents époustouflante et tellement engagée !
- SATISFACTION : avoir évalué 1ère édition par un collectif de d’habitant.e.s
- REGRET : n’avoir mis en oeuvre que 2 éditions sur 6 ans
Sur la concertation sur la fête du lac :
Sur l’expérimentation urbaine sur la nuit :
Sur ma délégation des formalités administratives (funéraire, état-civil, élections politiques) :
- la végétalisation et la réorganisation des cimetières pour favoriser des lieux de recueillements qui sont aussi des espaces publics de respiration ;
- le Printemps des cimetières : vivre autrement des espaces patrimoniaux au coeur de nos villes ;
- la création d’un service funéraire dédié avec une relocalisation dans la mairie déléguée de Meythet pour un accueil digne et serein des familles endeuillés avec une équipe agrandie ;
- une nouvelle carte électorale : un travail énorme qui a permis de rééquilibrer le nombre de votant.e.s par bureau de vote et a été l’occasion de repenser les lieux de vote ;
- engagement des président.e.s et assesseur.e.s de bureau de vote : favoriser et remercier cet engagement essentiel avec des moments dédiés ;
- des élections législatives 2024 réussies : une organisation très difficile et menée d’une main de maître par des agent.e.s investi.e.s profondément ayant collaboré ensemble pour un service public de qualité ;
- le recensement de la population : cet exercice qui incombe annuellement aux villes de notre strate et est important pour mieux structurer et anticiper les besoins de la population (notamment adaptation des infrastructures, des services publics, etc.) a été amélioré en travaillant sur l’engagement des agents recenseur.e.s par des conditions de rémunération adaptées (et n’ayant pas coûté plus cher à la Ville) et des moments conviviaux pour recueillir les retours du terrain avec des taux de réponse des foyers recensés grandement amélioré ;
- une campagne pour encourager et sensibiliser au vote électorale
Les regrets en général :
- plus de consultation que de concertation : si les habitant.e.s ont été bien plus intégré.e.s aux processus de construction des projets par les agent.e.s et les élu.e.s, cette intégration s’est faite bien plus par consultation (demander un avis sur des projets déjà quasiment bouclés avec une marge de manoeuvre limitée) que des concertations approfondies (travail en amont avec une vraie coopération dans la construction des orientations des projets et des adaptation et suivi tout au long du projet). Pour autant, le temps de l’action publique et les contraintes réglementaires et administratives sont telles que les concertations sont complexes et lourdes à mettre en oeuvre et les agent.e.s et les élu.e.s ont, pour une très grande majorité, manifesté un grand intérêt pour cette coopération avec les habitant.e.s ;
Ce que j’aurais aimé mettre en oeuvre :
- l’interpellation citoyenne
- l’assemblée citoyenne
- le conseil de la nuit
- une instance